Un enterrement à Rousies en 1829

Nous longeâmes la petite rivière de Solre qui se jette à Assevent dans la Sambre, et nous entrâmes à Rousies où nous entendîmes des violons, des airs de joie qui nous étonnèrent.

Il était une heure de l'après-midi, ordinairement on ne consacre pas à la danse cette partie de la journée.

En approchant de cette bruyante réunion, ma surprise se doubla, en voyant à la porte de la maison, un groupe de personnes qui pleuraient, sanglotaient, quoiqu'en apparence faisant partie de la fête.

 

Ce contraste que je ne pouvais m'expliquer, fit sourire mon compagnon. « Il est probable, me dit-il, qu'on a enterré une jeune fille et que ses compagnes ou amies intimes pleurent en attendant qu'on les invite à danser, car vous savez ajouta-t-il, que de temps immémorial, dans nos faubourgs et nos villages voisins, il est d'usage qu'au retour de l'enterrement d'une jeune fille, les parents, amis et invités, se réunissent dans un cabaret pour y danser jusqu'au soir ».

 

J'abandonne à mes lecteurs le soin de concilier ces faits. Je ne puis que reporter ma pensée bien loin, bien loin, à Cléobis et Biton, à Junon, qui pour récompenser leurs vertus, pour les initier au bonheur, leur accorda la mort.

 

Madame Clément Hémery

« Promenades dans l'Arrondissement d'Avesnes »